Édition 2021/2022

Décembre 2021

Non-conformité et sanctions pour HSBC

Vendredi 17 décembre, la banque HSBC s’est vu condamné par le régulateur financier britannique FCA (Financial Conduct Authority) d’une amende de 63,9 millions de livres, soit 75,22 millions d’euros. En effet, HSBC s’est vu jugé coupable de « contrôle déficients des transactions » puisque 3 éléments clés des systèmes automatisés de surveillance des transactions présentaient de graves faiblesses entre 2010 et 2018 selon la FCA. La FCA à notamment déclarer que la surveillance des « indicateurs du blanchissement » et « de financement du terrorisme » était inadéquate.
 
Cette affaire rappelle évidemment le scandale de HSBC quant à son implication dans le blanchiment de plus de 881 millions de dollars pour des cartels de drogues. La banque avait d’ailleurs été condamnée à une lourde amende de 1,9 milliard de dollars par les régulateurs américains en 2012. Plus récemment, elle fait aussi écho à une affaire de 2019 où la filiale avait payé près de 300 millions d’euros en Belgique, afin d’éviter un procès sur une enquête de 2014 impliquant HSBC dans des affaires de « fraude fiscale grave » et de « blanchiment d’argent ».
 
Néanmoins HSBC a fait preuve d’une bonne coopération. L’amende aurait pu s’élever à 91,4 millions de livres mais fut finalement réduite à 63,9 millions car HSBC n’a pas contesté la condamnation et se dit « profondément engagée dans la lutte contre la criminalité financière ». HSBC se dit d’ailleurs prêt à régler rapidement l'amende et la banque s’est d’ailleurs déjà engagée dans un programme de correction de ses procédures sous l’égide de la FCA.
 
Cette affaire n’intervient pas au meilleur des moments puisqu’elle vient casser la bonne dynamique de la banque qui revenait petit à petit d’une période compliquée, mais elle n’a pas non plus d’impacts trop importants pour la filiale. En effet, la filiale traversait déjà un grand plan de restructuration avec 35.000 suppressions d'emplois dans le monde avant la Covid-19. La crise sanitaire a ensuite fortement secoué la banque, faisant plonger de 35% son bénéfice net annuel entre 2019 et 2020. Mais celle-ci repartait d’une très bonne manière en 2021 notamment avec des résultats très encourageant, comme son bénéfice net qui a plus que triplé au premier semestre 2021 et des résultats au-delà des attentes, comme pour le troisième trimestre de 2021. HSBC avait même annoncé un important et généreux plan de rachat d’actions de 2 milliards suite à l’annonce de ses résultats pour le troisième trimestre 2021.
Finalement, cette affaire n’a qu’un impact sur la perception de HSBC en ravivant les souvenirs d’autres affaires et l’impact sur les marchés n’a été que très faible. A l’annonce de la condamnation et du communiqué du FCA, le cours en bourse a légèrement diminué mais HSBC a tout de même terminé l’année d’une très belle façon avec une clôture à plus de 445.500 pence sterling en 2021, soit une augmentation de plus de 17% du titre sur l’année.

Amundi rachète Lyxor, la filiale de la Société Générale

Le classement des fournisseurs d’ETF et ETP en Europe se retrouve bouleversé avec l’acquisition de la filiale de Société Générale par Amundi. En effet, l’acquisition de Lyxor permettra à Amundi de posséder 14% des parts de marché en étant à la deuxième place derrière BlackRock. La filiale du Crédit Agricole est la plus intéressante annoncée en Europe.

 

L’acquisition devait avoir lieu deux mois plus tard mais Amundi a annoncé en ce dernier jour de l’an 2021 la finalisation de cette acquisition de la filiale de gestion d’actifs pour 825 millions d’euros. Les autorisations réglementaires et concurrentielles nécessaires ont été obtenues en aval ce qui a permis l’accélération de l’opération.

En juin dernier, Amundi et Société Générale avaient annoncé avoir signé le contrat-cadre en vue de l'acquisition, en avance sur le calendrier initialement envisagé.

Lors de cette opération, la filiale doit faire face à une cession concernant les activités de gestion passive de Lyxor et de gestion active. Malgré l’acquisition importante, cela ne représente qu’un dixième de la capitalisation d’Amundi. L’encours est estimé à près de 124 milliards d’euros d’actifs. C’est l’acquisition des activités de gestion passive de Lyxor qui intéresse principalement la Société Générale puisque cela permet à Amundi de devenir numéro deux en Europe sur le segment porteur de la gestion passive. Cette acquisition permet également de doubler sa taille dans le secteur des ETF, néanmoins comme dit précédemment BlackRock s’impose toujours comme un monopole avec 44% des parts de ce marché.

De plus, Nicolas Calcoen, le directeur financier d’Amundi assure de très bons résultats à l'issue de cette acquisition : "Le multiple de résultats sera de dix fois environ après synergies de coûts, contre 13-14 fois sur le marché.”. Cet argument est soutenu par le groupe mettant également en avant le résultat net anticipé de “35 millions d’euros en 2021”.

Toutefois, cette acquisition ne doit pas être célébrée trop vite puisqu’il reste l’absorption par Amundi qui fera face à différentes problématiques. Yves Perrier, CEO d’Amundi, compte sur un turnover naturel pour une réduction d'effectifs allant tout de même de 450 à 500 personnes puisqu’il ne souhaite pas de départs contraints de la société. Avec l’espoir d’obtenir 200 millions d’euros de revenu supplémentaire sur ce périmètre et un ratio de charges augmentant de plus de 50% qui serait alors supérieur au ratio de charges d’Amundi en 2020. Amundi compte sur son savoir-faire dans le domaine des acquisitions afin de réduire les coûts en aménageant les meilleurs plans de restructuration.

Les perspectives de l’inflation face à la politique monétaire accommodante de la BCE

Jeudi 16 décembre a eu lieu une conférence de presse à Francfort-sur-le-Main donnée par Christine Lagarde, présidente de la BCE, et Luis de Guindos, vice-président de la BCE, qui portait sur la déclaration de politique monétaire.

 

La hausse de l’inflation continue, poussée par l’explosion des prix de l’énergie – dont l’Insee estime qu’elle coûte 64 euros de plus par mois par foyer - , par une demande dépassant l’offre dans certains secteurs (pénurie de papier, de semi-conducteurs…) et les tensions sur le fret maritime ; tandis que la reprise de l’économie de la zone euro se poursuit, ralentie par le variant Omicron.

 

Notons qu’une conférence de presse sur la déclaration de politique monétaire de la BCE est organisée toutes les six semaines. Lors de l’avant-dernière conférence précédant celle donnée ce mois-ci, la BCE a maintenu son principal taux d'intérêt à zéro, la présidente ayant jugé que l’inflation ne serait que temporaire et par conséquent a invité ses membres à ne pas « surréagir ». « Nous avons encore besoin d'une politique monétaire accommodante afin de sortir de la pandémie de manière sûre et de ramener l'inflation durablement à 2% », précisait-elle.

 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

 

Le Conseil des gouverneurs, principal organe de décision de la BCE, a notamment adopté les décisions suivantes le jeudi 16 décembre :

 

Premièrement, la BCE devrait mettre fin aux achats nets d’actifs au titre du PEPP (Pandemic Emergency Purchase Programme) fin mars 2022 face à la reprise économique et à la hausse de l’inflation. Rappelons que le PEPP d’un montant de 1.850 milliards d’euros, est un programme de politique monétaire non conventionnelle qui consiste en des rachats massifs d’obligations, contribuant par la même à une augmentation de la demande de ces dernières et à faire maintenir les taux d’intérêts bas.

 

Deuxièmement, le Conseil des gouverneurs de la BCE a décidé d’allonger l’horizon de réinvestissement du PEPP au moins jusqu’à fin 2024. Rappelons que les remboursements au titre du principal des titres arrivant à échéance achetés dans le cadre du PEPP sont réinvestis afin d’assurer l’efficacité maximale du programme.

 

Troisièmement, la BCE a annoncé que sa politique monétaire demeurera flexible afin de repousser les menaces et les chocs négatifs occasionnés par la pandémie qui compromettent l’objectif principal de la stabilité des prix. À ce sujet, deux points ont été particulièrement mis en lumière : le premier est que les réinvestissements au titre du PEPP pourront être « ajustés de façon souple dans le temps, entre catégories d’actifs et entre les juridictions » ; le second est que les achats nets d’actifs au titre du PEPP pourraient se prolonger au-delà de fin mars 2022.

 

Quatrièmement, la BCE a annoncé une augmentation du programme APP (Asset Purchase Programme) pour les trimestres à venir ; programme qui remplacera les achats nets d’actifs au titre du PEPP. Actuellement à hauteur de 20 milliards d’euros mensuellement, il serait de 40 milliards d’euros au second trimestre de 2022, de 30 milliards d’euros au troisième trimestre 2022, pour ensuite retourner à un rythme mensuel de 20 milliards d’euros à partir d’octobre 2022. Rappelons que l’APP, est un programme d’assouplissement quantitatif en place depuis 2015 qui consiste en des rachats massifs d’actifs financiers sur le marché secondaire, contribuant par la même à une augmentation de la demande de ces derniers et à faire maintenir les taux d’intérêts bas.

 

Quant à l’inflation, la BCE s’attend à ce qu’elle reste élevée à court terme (soit supérieure à 2%) puis qu’elle diminue au cours de 2022, tout en nuançant que la trajectoire des facteurs sous-jacents à l’inflation demeure incertaine. Ainsi, la BCE a maintenu son principal taux d'intérêt à zéro.

 

Mais peut-on réellement compter sur cette anticipation de baisse du niveau général des prix pour garder l’inflation sous contrôle ?

 

Les prix futurs de l'énergie et le rythme auquel les goulets d'étranglement dans la chaîne d’approvisionnement mettront à être résolus et à disparaître présentent des risques pour la reprise économique et les perspectives d'inflation.

 

En Asie, certains pays – comme la Chine - adoptent une stratégie zéro Covid pour éradiquer la Covid-19 et ferment leurs usines et leurs ports. À titre d’exemple, ce mois-ci, un foyer de Covid-19 à Zhejiang en Chine a entraîné des fermetures d’usines, mettant à mal les chaînes d’approvisionnement mondial des entreprises.

 

Ainsi, la Covid-19 constitue un frein aux approvisionnements des entreprises et contribue à alimenter l’inflation, avec une reprise de la demande face à une offre qui reste perturbée par la crise, et cette situation peut encore perdurer tant que les différents variants du Covid-19 déstabilisent les économies.

 

Si la BCE augmentait les taux d'intérêt, cela ne résoudrait pas pour autant les tensions actuelles telles que les déséquilibres entre l'offre et la demande, la flambée des prix de l’énergie ou la pénurie de main-d'œuvre dans les usines chinoises, qui perturbent les chaînes d'approvisionnement depuis des mois.

 

Par ailleurs, d'autres facteurs pourraient faire perdurer l’inflation sur le long terme.

Certains économistes craignent que les salariés réclament des hausses généralisées de rémunération pour maintenir leurs pouvoirs d’achat et que les entreprises répercutent ces hausses de salaire sur le prix de leurs produits. Cela pourrait créer une spirale « prix-salaires » hors de contrôle. Cependant, les salaires dans le monde n'ont pas augmenté de manière significative et il n'y a actuellement pas de spirale « prix-salaires » à l’horizon.

Tant que les facteurs sous-jacents à l’inflation persisteront, il y a donc de grandes chances que cette dernière se poursuive encore pendant un certain temps.