Édition 2020/2021

Janvier 2021

Le rachat de Carrefour par Couche-tard prend un tournant politique après le véto de Bercy

La levée de 7 milliards d'euros par la France, un record

Dans le contexte de la crise sanitaire, l’État français a recours à l’endettement pour subventionnées les mesures de soutien à l’économie Française. Ainsi, le Mardi 19 Janvier 2021, la France a émis une nouvelle obligation à 50 ans. Cette OAT de maturité 2072 a permis de lever une somme record de 7 milliards d’euros à un taux de 0,593%.

L’État Français a déjà eu recours à trois reprises a un endettement d’aussi long terme. Les précédentes émissions, datant de 2005, 2010 et 2016 étaient proposées à des taux bien supérieurs (1,923% en 2016 par exemple) mais n’avaient pourtant pas permis de soulever de telles sommes (3 milliards en 2016).

Aujourd’hui, malgré la forte incertitude liée à l’apparition de variant du COVID-19, les investisseurs se sont montrés intéressés par cette obligation. En effet, le livre d’ordres, tenu par   BNP Paribas, Deutsche Bank, HSBC, JP Morgan et Société Générale a atteint 75 milliards d’Euros, un montant dix fois supérieure à la somme finalement servie, grâce à la participation de plus de 430 investisseurs.  

Ce succès peut s’expliquer par plusieurs facteurs. Tout d’abord, le taux proposé de 0,593% reste attractifs pour les marchés dans ce contexte de taux particulièrement bas. De plus les contraintes prudentielles étant de plus en forte pour les assureurs ou bien les fonds de pension, cette obligation à maturité élevée répond donc à leur besoin.

Ainsi, cette opération démontre la capacité de la France a se financer malgré une baisse du PIB de 8,3% sur l’année 2020.

TOP FILMS : Films sur la finance 

Inside job

L’association vous présente aujourd’hui INSIDE JOB. Ce film narré par Matt Damon explique la crise des subprimes à travers de nombreux invités (DSK, Christine Lagarde). Récompensé par un oscar, ce film met en évidence le rôle ; des institutions de régulation, des banques et des assurances dans la crise de 2008. De la grande dépression à la faillite de Lehman Brothers, de la naissance de la bulle spéculative à son implosion. Venez découvrir ce film qui explique par chapitre cette crise à l’effet mondial.

 

The Margin Call

Ce film avec au casting Simon Baker et Kevin Spacey nous fait vivre les dernières heures d’un Hedge fund peu avant la crise des subprimes. Durant ces dernières heures, le spectateur se rend compte de la marge de manœuvre (margin call) plutôt faible ainsi que l’impuissance des entreprises financière face à la crise. Le spectateur ne peut que constater les choix fous fais par les requins de la finance qui font plonger le monde dans une crise sans précédent. Couplé avec Inside Job, ce film permet de comprendre les dernières décisions qui ont précédé le choc à Wall street.

 

L’outsider

Voici le premier film français de la liste abordant la finance. En 2008 le trader Jérome Kerviel fait perdre 4,8 milliards d’euros à la société général et provoque une des plus grandes crises financières de la banque d’affaire. De la naissance du trader à son implosion, ce film met en lumière la responsabilité de la société général (déni) ainsi que celle du trader pour essayer de donner une vision complète au spectateur.

 

Le loup de wall street

Surement le plus connu, ce film de Martin Scorsese avec Leonardo Dicaprio incarnant le courtier Jordan Belfort n’est plus à présenter. Le loup de wall street dépeint un monde de la finance totalement déconnecté de la réalité où millions alcool et drogue abonde le milieu. Dans le quartier d’affaire, les requins de la finance ne sont plus au service de leurs clients mais d’eux-mêmes et rien ne peut arrêter le personnage pas même le FBI… Ce film étant basé sur le livre du véritable Jordan Belfort je vous laisse juger de la réalité des faits ou non !

Le prix à payer

Ce documentaire réalisé par Harold Crooks explique à travers de nombreux invités (comme Thomas Piketty ou encore l’ex-vice-président de Goldman Sachs) pourquoi les inégalités ne cessent de croitre. De la naissance des paradis fiscaux à la montée en puissance des multinationales, « Le prix à payer » établit les responsabilités du domaine financier. Bien sûr, le film fait aussi le tour des solutions pour réguler le monde de la finance et essayer de réduire ces inégalités. Pour mieux comprendre les enjeux actuels autour de la règlementation des multinationales et de la finance, l’association vous conseille ce film.

Dorian Duthion Berard

Malgré une survalorisation des actifs de Carrefour par le groupe Couche-tard pour le rachat de la deuxième plus grosse enseigne de la grande distribution Française, Alain Bouchard, le patron du groupe Canadien et le gouvernement Québécois ne sont pas parvenus à convaincre le gouvernement Français.

 

L’enseigne Canadienne Couche-tard, grande chaîne de supérettes et de distribution d’essence présente au Canada, aux États-Unis et dans les pays scandinaves, a proposé le mercredi 13 janvier 2021 la possibilité de réaliser une offre publique d’achats dans un futur proche. Couche-tard s’engageait à racheter les actions à 20 euros au lieu de 17 euros, soit une valorisation de 16 milliards d’euros au lieu de 14 milliards d’euros. Grâce à une valorisation s’élevant à 30 milliards d’euros, le groupe Couche-tard a la capacité de remédier au manque de liquidité de l’entreprise Française.

 

En effet, l’entreprise Carrefour n’arrive plus à obtenir de fonds supplémentaires pour faire face à ses engagements et pour investir dans la digitalisation de ses services. Effectivement, les grands actionnaires français comme Bernard Arnault et la famille Moulin, qui détiennent respectivement une part de 8,6 % et de 10 % de la capitalisation de Carrefour, ne souhaitent pas réinvestir dans la grande distribution Française. Il en va de même pour l’ensemble des agents économiques qui détiennent 73,9 % des actions émises en bourse.

 

Cette défiance des investisseurs pour les grandes chaînes de distribution françaises s’explique par le fait que le modèle d’hypermarché en périphérie des villes ne convainc plus. De plus, les nombres d’acteurs de la grande distribution en France sont trop importants, limitant donc le développement des grandes enseignes.

Ce rachat aurait permis à Carrefour d’intensifier la stratégie de modernisation commencée depuis 3 ans par Alexandre Bompart, PDG de carrefour, en investissant dans l’alimentation saine et le commerce en ligne afin de concurrencer les plateformes en ligne comme Amazon.

Le groupe Carrefour avait donc tout intérêt à vendre.

 

« La sécurité alimentaire ne se négocie pas », se défend Bruno Le Maire

 

Carrefour s’est développé en s’installant à l’internationale, mais le groupe a tellement investi qu’il en était devenu faible à cause du manque de fond disponible. Aujourd’hui, grâce aux stratégies de modernisation entrepris par Alexandre Bompart, Carrefour s’est engagé dans une bonne voie pour remonter la pente, ce qui convainc Bruno Le Maire de vouloir empêcher le rachat. En effet, le ministre de l’économie français espère que Carrefour convaincra plutôt de futurs investisseurs français ou européens afin de maintenir la main mise sur un des fleurons français.

 

C’est Carrefour qui a inventé le modèle d’hypermarché avec la famille Defforey et a été le leader mondial de la grande distribution alimentaire en 1970. De plus, l’enseigne Française représente 19 % de la part de la distribution en France, juste derrière Leclerc avec 22 %. Sachant que l’alimentation concerne un secteur stratégique de l’économie française, le gouvernement se montre donc hostile face aux investissements étrangers.

 

Bruno Lemaire a rappelé le rôle de Carrefour comme "chaînon essentiel dans la sécurité alimentaire des français ". Le ministre de l’économie français motive son refus en avançant l’argument de la souveraineté alimentaire « L'État à un rôle de régulation de l'économie. Il est là pour définir les règles économiques et défendre l'intérêt général […] Nous parlons d'un acteur [Carrefour, NDLR] qui représente 20 % de la distribution alimentaire en France. L'enjeu, c'est à la fois la sécurité alimentaire des Français et la protection de nos filières agricoles. Je remarque que le soutien le plus fort à ma position est venu de producteurs agricoles et de la FNSEA » explique Bruno Le Maire. D’après le ministre, rien ne garantit que les investisseurs Canadiens conserve un modèle qui valorise les filières françaises. Le rapprochement serait abandonné. L’enseigne Couche-Tard a retiré sa proposition de rapprochement avec Carrefour après le veto mis par le gouvernement français.  

 

 

Une reprise des discussions pas exclue

 

 

Le ministre québécois de l’économie, Pierre Fitzgibbon, est monté au créneau pour essayer de défendre la transaction. Il affirme que les deux partenaires, Couche-Tard et Carrefour, sont libres de décider de négocier sans l’intervention de l’état. De plus, le ministre canadien laisse entendre qu’il existe déjà une entente de principe entre Alain Bouchard et Alexandre Bompart. Pierre Fitzgibbon souligne que malgré le contexte de pandémie mondiale, les dirigeants de la société Couche-Tard apportent toutes les assurances nécessaires, comme le maintien de tous les emplois pendant deux ans.

 

Pour le ministre québécois, l’enjeu de ce dossier est devenu politique. Il accuse le gouvernement français d’avoir été favorable au rachat du fleuron québécois de l’aéronautique Bombardier par le géant Alstom, mais d’être défavorable quand l’opération se fait dans l’autre sens. Les québécois ne se résignent pas, et appellent à un changement d’opinion de la part de Bruno le Maire au nom de la bonne relation entre la France et les québécois. Le gouvernement québécois n’exclut pas une future intervention de Justin Trudeau sur ce dossier.  Les canadiens espèrent donc toujours convaincre la France des assurances que pourrait leur apporter le Québec sur la question de la souveraineté alimentaire.

122 Rue de Vaugirard, 75 006 Paris 

Université Panthéon-Assas

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