Édition 2021/2022

Janvier 2022

Le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft pour 68 milliards de dollars

Le plus gros rachat de l’histoire du jeux-vidéo a été annoncé ce mardi 18 janvier par le géant du numérique Microsoft ; après l’acquisition en mars 2021 des studios Bethesda pour 8,1 milliards de dollars, et des studios Mojang en 2014 pour 2,5 milliards, l’entreprise américaine affirme sa volonté de se placer comme un acteur majeur du marché vidéoludique.

Né de la fusion des deux studios du même nom en 2007, Activision-Blizzard est à la tête de licences célèbres tel que Call of Duty ou encore World of Warcraft. Durant le quatrième trimestre de 2021, l’entreprise a bénéficié de résultats très encourageants, avec un chiffre d’affaires en hausse de 10 %. Le cours de l’action de la société a cependant fortement baissé sur la même période (-13 %), avec en cause des plaintes de harcèlement sexuel concernant des proches collaborateurs du PDG, Robert Kotick, et des annonces de report pour certains titres phares tels qu’Overwatch 2 et Diablo 4.

L’annonce du rachat de la firme par Microsoft apparaît donc comme bénéfique pour les deux parties, et les investisseurs partagent ce sentiment : l’action du studio a enregistré une hausse de 25 % ce 18 janvier. Microsoft se place avec cette acquisition en troisième position en termes de chiffre d’affaires derrière Tencent et Sony, totalisant 35 studios de développement avec sa filiale Xbox Game Studios.

 

Un an après la sortie des nouvelles générations de consoles, la nouvelle fait office de déclaration de guerre pour son concurrent japonais et lui laisse présager la perte d’exclusivités et de droits d’exploitations pour certaines licences. Cela s’est ressenti sur le cours de l’action de la firme nipponne qui a perdu 13 % le jour de l’annonce.

L’avenir semble donc radieux pour le développeur américain, qui a d’ailleurs profité de l’engouement suscité par le rachat pour annoncer le lancement d’une nouvelle licence. Sony endosse le rôle de perdant et va devoir redoubler d’efforts pour continuer à satisfaire une demande toujours plus exigeante. En effet, bien que sur le marché du jeux vidéo l’entreprise japonaise conserve une légère avance sur Microsoft, la politique agressive menée par ce dernier pourrait faire perdre des parts de marché à Sony ; le Xbox Game Pass par exemple propose un abonnement donnant accès à un vaste catalogue et devrait prendre de l’importance dans les années à venir.

Facebook renonce à son projet de crypto-monnaie et le cède à Silvergate Bank

Le projet de cryptomonnaie Diem de Meta, la société mère de Facebook, a été abandonné et racheté par Silvergate Bank, une banque californienne.

Ce projet, anciennement nommé Libra, a été initialement lancé en 2019 par Facebook avec le soutien de plusieurs entreprises telles que Spotify ou encore Uber. Mark Zuckerberg avait pour ambition de révolutionner les services financiers mondiaux en créant une monnaie numérique stable.

Cette crypto-monnaie a été initialement conçue comme un stablecoin, une monnaie numérique adossée à une monnaie classique. Le but de ce projet était de se lancer dans le lancement d’un ensemble de stablecoins (indexée sur le dollars, l’euro, la livre sterling etc...) et d’une monnaie multidevise.

Cependant, après avoir retiré sa demande de licence en tant que système de paiement auprès de la FINMA et quitté son siège de Genève pour les Etats-Unis en mai 2021, l’association Diem, qui est chargée de piloter la construction du système de paiement basée sur la blockchain, a décidé de se focaliser uniquement sur le marché américain. Finalement, le projet s’est réduit à un stablecoin dollar, le Diem USD. Dès lors, un partenariat avec Silvergate Bank, une banque spécialisée dans les crypto-actifs, a été conclu pour que la devise non fiduciaire soit exclusivement émise par cette dernière.

Malheureusement, la FED, la banque centrale américaine, n’a pas autorisé l’émission du Diem à Silvergate Bank, “la FED n’était pas à l’aise avec le projet” selon Bloomberg. Rappelons que dès son lancement, le projet Libra avait suscité des inquiétudes de la part des banques centrales, des régulateurs et des décideurs politiques quant à son effet sur la stabilité du système financier ainsi que sur la confidentialité des données. Par ailleurs, plusieurs partenaires prestigieux tels que Visa ou Mastercard ont abandonné le projet dès l’automne 2019.

 

En raison de ces pressions réglementaires, l'association Diem cherchait à revendre l’ensemble de ses actifs afin de “restituer le capital de ses membres” qui ont investi dans la crypto-monnaie et de céder ses droits de propriétés intellectuelles, précise Bloomberg. Meta était alors en quête d’un acquéreur pour reprendre son projet de monnaie privée, particulièrement tout ce qui trait aux brevets et à la propriété intellectuelle. Et c’est sa banque partenaire, Silvergate Bank, qui reprend le projet Diem pour un montant de 200 millions de dollars d’après le Wall Street Journal.

CMA CGM dans la course du « dernier kilomètre »

L’annonce faite lundi 31 janvier 2022 de ce que l’armateur français CMA CGM, premier armateur français et numéro cinq du transport maritime mondial, allait acquérir 51 % du capital de COLIS PRIVÉ (entreprise spécialisée dans la livraison de colis aux particuliers) peut paraitre étonnante. Une telle transaction, d’un montant de 291 millions d’euros, se ferait auprès de HOPPS GROUP (holding française spécialisée dans le colis postal basée à Aix-en Provence) propriétaire de COLIS PRIVÉ.

En effet, COLIS PRIVÉ devait fusionner avec DEE TECH en novembre 2021, afin de monter un SPAC à la Bourse de Paris pour créer un grand acteur de la logistique du e-commerce en Europe mais les négociations ont échoué, « en l’absence d’accord sur les modalités de mise en oeuvre d’un projet industriel commun » avait alors déclaré l'entreprise de livraison. CMA CGM rachètera 51% de COLIS PRIVÉ à l'actuel propriétaire, HOPPS GROUP (qui en conservera 39 %) et AMAZON les 10 % restants.

 

COLIS PRIVÉ est une entreprise de 500 salariés créée en 2012. Spécialiste de la livraison aux particuliers des colis de l‘e-commerce, elle travaille avec 200 acteurs du commerce en ligne, dont NESPRESSO, H&M, UNIQLO, VEEPEE, ALIBABA , AMAZON - ce dernier représentant environ un tiers de son chiffre d’affaires. En forte croissance, l’entreprise a réalisé en 2020 un chiffre d’affaires de 234 millions d’euros, en augmentation de 46 % par rapport à 2019.

En 2021, elle a livré 70 millions de colis pour un chiffre d’affaires de 270 millions d’euros en progression de 15% par rapport à 2020 et de 69% par rapport à 2019. Son EBITDA est de 27 millions d’euros, avec un taux de croissance annuel moyen du chiffre d’affaires de 21 % sur la période 2012- 2020. « COLIS PRIVÉ se place comme un concurrent majeur de COLISSIMO (groupe La Poste), qui détient un peu plus de 50 % du marché français avec 505 millions de colis livrés aux particuliers en 2021, aux côtés d’UPS ou DHL, entre autres. » Doté d’un réseau de près de 110 agences régionales, COLIS PRIVÉ s’est également développé en Belgique, au Luxembourg et au Maroc et compte lancé prochainement ses activités aux Pays-Bas.

A travers cette acquisition, CEVA Logistics, filiale logistique (qui gère 9 millions d’établissements) cotée en Suisse, acquise en 2019 par CMA CGM, va ainsi renforcer son offre de service e-commerce, plus particulièrement sur la livraison du dernier kilomètre. CEVA Logistics a très récemment (décembre 2021) racheté les activités de chaîne d'approvisionnement (filiale Commerce and Lifecycle Services) d'INGRAM Micro dans le cadre d'un contrat évalué à 3 milliards de dollars. COLIS PRIVÉ va lui apporter une plateforme digitale en mode SaaS (Software as a Service) dédiée au e-commerce qui permet la mise en relation des clients et des fournisseurs, avec in fine une opération de livraison.

 

Cette opération appelle trois remarques principales. D’une part, la diversification des activités des armateurs : CMA CGM a récemment investi dans les services non maritimes, à l'instar de ses concurrents dans le transport par conteneurs ; par exemple, MAERSK, le principal fournisseur maritime de CMA CGM, a annoncé un achat de 3,14 milliards d’euros pour racheter LF Logistics à Hong Kong, tandis que MSC (Mediterranean Shipping Company) est en pourparlers pour racheter la division logistique africaine de BOLLORÉ pour 5,7 milliards d'euros. D’autre part, la profitabilité du secteur : les investissements de CMA CGM sont corrélés avec une augmentation des revenus, l'épidémie ayant entraîné des taux de fret maritime élevés et une augmentation de la capacité des navires et donc des revenus. Enfin, l’importance pour une entreprise de transport de se positionner sur le marché de l’e-commerce, le domaine du dernier kilomètre étant en pleine mutation. Accessoirement, on notera aussi l’importance croissante prise par CMA CGM à Marseille et en région PACA.

Chute du Nasdaq et menace d’une bulle internet

Allons-nous assister à un retour fondamental des actifs financiers ? Pour l’instant, l’indice des valeurs technologiques n’a baissé que faiblement. Cependant, l’annonce du retour de l’inflation et de la remontée des taux peut être synonyme de marché baissier chez certains investisseurs.

 

Une faible chute, pour l’instant...

Selon Jason Goepfert, directeur de la recherche chez Sundial Capital Research, environ quatre sociétés sur dix de l'indice composite Nasdaq ont vu leur valeur boursière divisée par deux par rapport à leur sommet il y a deux mois. Cet effondrement fait écho au crash des dot-com, la bulle internet de l’an 2000. À cette période, l’indice des valeurs technologiques américaines perdait 78% en 2 ans et demi.

 

On peut voir qu’actuellement, le Nasdaq a chuté en globalité et seulement de 20% sur les deux derniers mois. Ceci peut s’expliquer par le fait que les grosses capitalisations, Apple et Amazon par exemple, ne s’effondrent pas. Comme souvent dans les indices, le poids de la capitalisation d’une entreprise à une importance. Plus la capitalisation de l’entreprise est élevée et plus son poids sera important dans les performances de l’indice.

Or, pour que 40% des entreprises cotées aient perdu 50% de leur valeur, il faut que leur pondération dans l’indice soit faible, ce qui implique que ces sociétés soient de taille modeste.

Des actifs surévalués causé par une politique accommodante.

Les entreprises cotées au Nasdaq sont directement en prise avec l’innovation et la recherche technologique. Elles ont besoin du monde de la finance pour leur permettre de financer leurs créations, développer et tenter de révolutionner leur secteur. C’est pourquoi elles sont directement dépendantes des taux auxquels elles peuvent emprunter et se financer. On peut voir par exemple que depuis 2008, la FED a maintenu un Quantitative Easing agressif et des taux nominaux faibles.

Ainsi, le marché des actions technologiques s’est envolé, car les investisseurs étaient optimistes à la vue des nouvelles technologies et des possibilités de financement quasiment illimitées. Selon la loi de l’offre et de la demande, comme il y avait plus d’acheteurs que de vendeurs, les prix se sont envolés. Ceci a en effet conduit à une surévaluation de certains actifs, leur prix a dévié de leur valeur fondamentale. Par exemple, Tesla valorisée 1000 milliards de dollars en octobre 2021, a réalisé un chiffre d’affaires de 53,8 milliards de dollars en 2021, face à Volkswagen group, valorisé 108 milliards de dollars et ayant réalisé 205,6 milliards de chiffre d’affaires en 2020. On voit bien qu’il y a eu un emballement de la demande, ne tenant plus compte des fondamentaux.

La FED a prévu de remonter les taux, aussi Jerome Powell, le 26 janvier, a annoncé mettre fin au Quantitative Easing dès mars. Cette hausse plus rapide et précoce des taux a conduit les investisseurs à continuer de se débarrasser de leurs actions surévaluées. On peut s’attendre à une convergence vers des actifs reliés à des activités essentielles.