Édition 2019/2020

Mars 2020

L'impact économique du coronavirus

 

La pandémie mondiale de Covid-19 est un véritable cygne noir, c’est-à-dire un choc externe imprévisible aux conséquences majeures. Il est désormais indéniable que ce double choc, qui concerne à la fois la demande et l’offre, va entraîner une profonde récession mondiale en 2020, dont les économistes sont encore incapables de mesurer l’ampleur, voire la durée.

En effet, la généralisation des processus de confinement obligatoire - pour éviter l’engorgement des systèmes de santé -, provoque une paralysie temporaire de l’activité de nombreux secteurs, notamment aux États-Unis, en Europe et en France, de la même manière que ce qui a été constaté en Chine à Wuhan et en Corée du Sud au premier trimestre 2020. Cette mise en « quarantaine » affecte la vie sociale, ainsi que les conditions de travail et de production : elle induit une perturbation mondiale majeure et croissante des chaînes d’approvisionnement et de production, tout en engendrant un quasi-arrêt d’une très grande partie du secteur des services : recettes touristiques, transport aérien ou ventes locales ; elle engendre également des mécanismes de repli sur soi. L’impact final du choc dépendra largement de l’évolution de la pandémie, de la durée des confinements et des décisions des autorités, paramètres particulièrement difficiles à prévoir.

En ce qui concerne la France, l’INSEE vient de proposer, dans un point de conjoncture du 26 mars 2020, une première estimation de la perte d’activité, qui est présentée comme "fragile et susceptible d’être révisée". C’est ainsi que l’activité se situerait "à environ 65% de la normale" pour la dernière semaine du mois de mars, avec un impact "assez hétérogène" suivant les branches d’activité. Selon l'INSEE, un mois de confinement coûterait 3 points de PIB, deux mois 6 points de PIB, avec une hypothèse de 35% de perte d’activité. Selon un premier consensus, on s’acheminerait donc vers une contraction du PIB français comprise entre 2,5% et 5%, l’hypothèse basse devenant au cours du temps de plus en plus crédible.

Anne-Sophie Buffandeau

Les mesures du gouvernement pour soutenir l'économie

« Quoi qu’il en coûte », martelait le 12 mars dernier Emmanuel Macron, promettant que tout serait mis en œuvre pour protéger les salariés et entreprises françaises. Cette formule est répétée depuis plusieurs semaines par les membres du gouvernement. Le but est évidemment de limiter la panique des différents acteurs économiques, et ainsi d’éviter d’adjoindre à la crise sanitaire une crise économique.

Selon les estimations de l’OCDE, chaque mois confiné provoquerait une baisse de 2% du PIB brut annuel. Afin de tenter de pallier cette baisse inévitable de l’activité, le gouvernement a ainsi pris des mesures d’urgence.
Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire a en effet annoncé un plan de 45 milliards d’euros dans le but de soutenir les entreprises et les salariés. La loi de finances rectificative promulguée en urgence le 23 mars instaure donc des mesures de relance et de maintien de l’économie française. Ce plan vient s’ajouter à la « garantie d’Etat à hauteur de 300 milliards d’euros » pour les prêts bancaires des entreprises, promise par Emmanuel Macron lors de son allocution du 16 mars. 

La très grande partie de ce plan d’urgence concerne le report des charges fiscales et cotisations sociales des entreprises de mars et avril. Ce total représente en effet 32 milliards d’euros selon les calculs de l’iFRAP. Une partie devrait donc être finalement récupérée par l’Etat mais dans quelle proportion ? Il est en effet très probable que les entreprises les plus fragiles, notamment les PME particulièrement touchées par la crise ne puissent faire face à ces créances.
Le dispositif de chômage partiel inclus dans ce plan  représente lui un coût de 5,5 milliards d’euros et sera cofinancé par l’UNEDIC.
Cette politique budgétaire gouvernementale devrait être couplée à des interventions importantes de la BCE, notamment de quantitative easing avec un plan de rachats de dettes publics de plus 750 milliards d’euros.

Il reste enfin de nombreuses incertitudes quant à la date de fin du confinement et la qualité de la reprise de l’activité. L’évolution de la crise dans les autres grandes économies, plus particulièrement au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, pourrait avoir des répercussions importantes sur leurs partenaires commerciaux et aggraver la conjoncture économique. 
Les différentes ordonnances provoqueront très probablement une augmentation de la dette publique à 100% du PIB, un chiffre significatif tant il représentait un argument essentiel dans le discours gouvernemental visant à réduire les dépenses, notamment dans le domaine de la santé.  La situation exceptionnelle impose donc des mesures exceptionnelles, quoi qu’elles en coûtent.  

Julien Cases
Le marché du pétrole au plus bas

Dans le sillage de la chute des marchés financiers internationaux et d’une aggravation de la crise sanitaire, le baril d’or noir est passé sous la barre des 20 $ pour la première fois depuis 2002. L’échec des négociations entre les membres de l’Opep, menés par l’Arabie saoudite, et la Russie sur la réduction de la production pétrolière a conduit à une guerre des prix, qui remet en question la position dominante des États-Unis sur le marché mondial. 

Cette guerre des prix pèse également sur les revenus des pays dépendants des recettes pétrolières tels que l’Iran, le Nigeria, le Venezuela et l’Algérie pour faire tourner leurs économies. Ainsi, le prolongement de cet affrontement bilatéral, entre la Russie et l’Arabie saoudite, menace pernicieusement les marchés obligataires et les devises de ces pays vulnérables.

 

À la suite de ces distorsions sur le front du pétrole, le président américain s’attend à ce que le pays des tsars et l’Arabie saoudite concluent dans les prochains jours un accord sur la production de pétrole afin de mettre fin au conflit provoqué essentiellement par les conséquences dévastatrices de la pandémie de Covid-19.

 

Nawfal Lagrichi et Edouard Blanchet

Quatre sénateurs américains accusés de délit d'initié

Vendredi 20 Février, quatre sénateurs américains dont Richard Burr font face à une demande forte de démission, notamment du côté démocrate mais aussi coté républicain. Les élus sont soupçonnés d’avoir eu accès à des informations privilégiées et de vendre des millions de dollars d’actions avant la chute des marchés financiers provoquée par l'épidémie de coronavirus aux États-Unis. 

Richard Burr, sénateur républicain de Caroline du Nord, avait reçu des briefings privés sur l’épidémie de Covid-19 et sur les conséquences de cette dernière sur l’économie. En Janvier 2020, étant président de la commission du renseignement et membre de la commission de la santé, Burr avait accès aux informations les plus classifiées venant du gouvernement et des scientifiques sur les dangers du coronavirus. Ainsi, Burr et sa femme ont vendu entre 600 000 et 1 700 000 dollars de titres notamment des actions dans le secteur de l’hôtellerie. Le sénateur est accusé de délit d’initié, en anglais « insider trading », l’acte d’acheter ou de vendre des actions d'une société cotée en bourse par une personne qui détient des informations importantes non publiques sur ces actions. Burr se justifie en disant qu’il se reposait uniquement sur l’information publique et qu’il avait prédit les conséquences sévères sur la valeur boursière bien avant l’arrivée du coronavirus aux Etats-Unis. Pour l’instant, aucune preuve est survenue pour condamner les actes de Burr mais une poursuite est mise en place. 

Les autres sénateurs sont Kelly Loeffer, sénatrice républicaine de Georgia, Dianne Feinstein, sénatrice démocrate de Californie et Jim Inhofe, sénateur républicain d’Oklahoma. 

Kelly Loeffer, membre du comité de la santé et épouse du président du NYSE, admet qu’elle et d’autres élus ont reçu des briefings réservés sur l’épidémie de coronavirus par le gouvernement. Elle a vendu ses titres menacés et acheté des actions spécifiées dans les logiciels de télétravail. Cependant, elle et son mari nient tout acte répréhensible. Elle se défend en affirmant qu’elle ne prend pas les décisions d’investissement concernant son portefeuille financier mais un tiers. Elle ne l'aurait appris que trois semaines après la transaction. 

Dianne Feinstein, membre du comité du renseignement, a vendu avec son mari entre 1,5 et 6 millions de dollars d'actions d’une société de biotechnologie californienne début Février. Un porte-parole de Feinstein a déclaré qu’elle n’était pas impliquée dans les décisions financières de son mari.

En Janvier, Jim Inhofe a vendu 400 000 $ d'actions. Il n’a pas encore répondu aux accusations. 

Des appels de démission ont été exprimés des deux côtés du spectre politique. Alexandria Ocasio-Cortez, députée démocrate de New-York, a exprimé sa colère en demandant la démission de Burr et Loeffer. Cependant, la demande la plus choquante vient de Tucker Carlson, l’un des présentateurs de la chaîne ultraconservatrice Fox News, dans lequel il a prononcé : « Il n’y a pas de pire crime moral que de trahir son pays en temps de crise ».

En effet, des études réalisées en 2004 et 2011 ont montré que les décisions financières des membres de la Chambre et du Sénat ont dépassé le marché de 6% par an et 12% par an, respectivement. Ainsi, en 2012, sous Obama, une loi a été votée en interdisant les élus d’utiliser des informations inaccessibles au grand public et d’en profiter à des fins lucratives. Cependant, de nombreuses critiques disent que cette loi est pleine d’échappatoires. 

Alex MORGAN 

Novembre 2019

122 Rue de Vaugirard, 75 006 Paris 

Université Panthéon-Assas

contact.assasfinance@gmail.com

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