Édition 2021/2022

Mars 2022

Doctolib devient la plus grosse licorne française

Ce mardi 15 mars, Doctolib a enregistré sa plus grosse levée de fonds. En effet 500 millions d’euros ont été récolté sous forme de fond propre et dette pour investir dans le développement de l’entreprise.

Grâce à cette levée de fonds, Doctolib se positionne désormais en tête des start-ups de la French Tech avec une valorisation  qui avoisine les 5,8 milliards de dollars. En effet, elle dépasse Back Market qui était en tête du classement avec une valorisation de 5,7 milliards de dollars.

 

Doctolib est une entreprise française fondée en 2013 qui propose un logiciel de gestion des rendez-vous et des services aux patients pour les professionnels de santé, et un service de prise de rendez-vous en ligne pour les patients en France, en Italie et en Allemagne.

Elle rassemble plus de 300 000 professionnels de santé pour environ 60 millions d’utilisateurs à travers des consultations en présentiel comme en distanciel (14 millions de téléconsultations réalisées). Ces chiffres s'expliquent en partie grâce à la crise du Covid-19 qui a permis à Doctolib de faire un partenariat avec l’Etat Français en vue des prises de rendez-vous pour la vaccination.

 

Stanislas Niox-Château, PDG de Doctolib,  a ajouté, lors de l’annonce de la levée de fonds, que « Cette opération reflète la confiance dans l'avenir de nos investisseurs historiques, Bpifrance et le fonds Eurazeo, qui ont majoritairement contribué à ce tour de table ».

On note donc que l’opération à été menée en grande partie par des fonds d’investissement Français, ce qui n’est pas aisé à réaliser aujourd’hui en France, pour des levées de fonds de cette taille en raison de la fiscalité.

Cette levée de fonds s’inscrit donc comme le développement logique et « totalement mérité » de la start-up Française, comme l’a dit Bruno Le Maire, ministre de l’économie.

 

Aujourd’hui, la start-up emploie plus de 2300 personnes. D’ici 2027, l’objectif est de créer 3500 postes en France, en Allemagne et en Italie grâce à l’argent obtenu.

Cependant cela ne s’arrête pas là, car « chaque euro qu’on a, on le réinvestit », affirme le PDG de Doctolib. Et cela se confirme à travers le développement de différentes applications pour améliorer le quotidien des professionnels de la santé, mais aussi les investissements massifs dans les branches allemande et italienne, dans le but d’effacer la concurrence et de s’imposer comme acteur principal du marché et obtenir le monopole comme en France.

Cette stratégie ne permet donc pas à Doctolib d’être rentable, mais elle compte le devenir d’ici 2025. Affaire à suivre…

L'affaire McKinsey ou la dépendance du gouvernement aux cabinets de conseil privés

Qui est McKinsey & Company ?

McKinsey & Company est une société de conseil en gestion fondée en 1926 par James O. McKinsey. C’est une compagnie qui conseil des entreprises, des gouvernements et d'autres organisations en matière de gestion stratégique. Le cabinet sert désormais les deux tiers des 1000 plus grandes entreprises américaines. Rien d’étonnant, pour la plus ancienne et la plus grande des trois plus grosses sociétés de conseil en stratégie du monde en termes de revenus (MBB), auprès de Boston Consulting group et Bain & Company.

 

L’affaire McKinsey

L’affaire débute après l’audition au Sénat de Karim Tadjeddine, directeur adjoint du bureau parisien de McKinsey. En janvier dernier, il a été interrogé par la sénatrice Eliane Assassi, sur l’influence des cabinets de conseils privés sur les politiques publiques.

Selon un de leur rapport, le Sénat à indiquer que les dépenses de conseil des ministères sont passées de 379,1 millions d'euros en 2018, à 893,9 millions d'euros en 2021. Le cabinet étant missionné pour de multiples contrats gouvernementaux, qui portent sur des réformes clivantes, comme celle des APL, ou sur la rémunération au mérite des enseignants, ou bien encore sur la stratégie vaccinale établie par le gouvernement français durant la pandémie. En effet, pour chacune de ces missions, le cabinet fut rémunéré plusieurs centaines de milliers d’euros, les résultats de certaines de ces missions n’étant pas exprimés par M. Tadjeddine, la sénatrice s’est interroger sur l’utilité de ces dépenses publiques.

Mais selon un consultant de McKinsey, au contraire des services publiques les consultants sont disponibles tout de suite. L’État ne dispose pas de cette armée de réserve, compétente dans des domaines très particuliers. Pour que l’état dispose de ces compétences en interne, cela nécessitera de réformer l’administration et de la rendre plus agile. Ce qui pourrait expliquer les dépenses publiques dans ce secteur, ces études permettant de prendre des décisions étatiques.

D’autre part, le cabinet privé affirme qu'il a payé plus de 442 millions d'euros d'impôts et de charges sociales en dix ans, soit 20 % de son chiffre d'affaires. Dans ces impôts, sont comprises les charges patronales des salariés de l'entreprise. Mais McKinsey ne s’est pas exprimé sur le paiement de l'impôt sur les sociétés. À ce sujet, le Sénat assure que le cabinet de conseil n’a pas régler d'impôts sur les sociétés en France entre 2011 et 2020.

À 10 jours du premier tour, les candidats rivaux d’Emmanuel Macron s’emparent de cette affaire pour remettre en question la gestion des finances du gouvernement Macron et s’interrogent sur les dépenses de l’état dans ce genre de cabinet privé de conseil et sa sorte de dépendance.

Les conséquences de la guerre en Ukraine sur le marché du M&A

Après une année record en 2021, avec un montant des opérations M&A réalisés au niveau mondial qui a atteint les 5 800 milliards de dollars, battant au passage le record historique de 2007 qui s’élevait à 4 500 milliards de dollars, le marché du M&A a reculé de 22% depuis le début d’année.

 

La principale cause à ce ralentissement est bien entendu le déclenchement de la guerre en Ukraine. En effet, face à la progression de l’armée russe, plusieurs pays limitrophes de l’Ukraine faisant partie de l’Union Européenne se préparent à une éventuelle confrontation avec le Kremlin. Ainsi face aux hostilités russes, le marché du M&A souhaitant être vigilant, reporte certaines ventes, revalorise les deals voire en suspend.

 

Le report de certains projets principalement européen, a pour conséquence directe une baisse de l’activité. Ainsi depuis le début d’année, au niveau mondial on constate un recul de 22% de des transactions effectuées. La baisse de l’activité en France quant à elle recule de 28% selon Refinitiv.

 

Cependant mettre des projets en pause risque fortement d’impacter les deals et ainsi dans certains cas entraîner l’annulation de l’opération.

« A ce stade, les deals déjà annoncés, dans leur grande majorité, se poursuivent. Mais certains des projets de M&A en Europe sont mis en pause. Le problème, c'est que la suspension d'un deal se traduit souvent in fine par son retrait ou son annulation », constate Dirk Albersmeier, coresponsable mondial des fusions-acquisitions de JP Morgan.

 

Concernant la revalorisation des prix, cela ne concerne que quelques secteurs comme la chimie. En revanche les secteurs du logiciel, des services ou de la santé ne sont eux pas impactés, a déclaré Daniel Rudnicki Schlumberger, responsable du financement chez JP Morgan.

Pour donner une idée chiffrée de la revalorisation des deals, selon Refinitiv: « le multiple moyen de valorisation des sociétés achetées est passé de 16,3 à 13,4 fois l'Ebitda entre les premiers trimestres 2021 et 2022 ».

 

Pour donner un exemple concret des conséquences de la guerre en Ukraine sur le marché du M&A, nous pouvons prendre l’annulation de l’acquisition du gérant d’actifs Primonial par le promoteur immobilier Altarea. Avec une opération qui s’élevait à 1,9 milliards d’euros, le promoteur s’est finalement rétracté un peu plus d’une semaine après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

La raison qui a été mis en cause par Altarera a été d’invoquer des failles dans la documentation juridique.

Le rachat d’Alleghany Corporation par Berkshire Hathaway

Berkshire Hathaway (BH : basé dans l’état Omaha) a annoncé le lundi 20 mars qu’il allait acquérir Alleghany Corporation (AC). BH est un conglomérat d’entreprise dirigé par Charlie Munger et Warren Buffet. La décision a étonné car Alleghany Corporation est un holding d’investissement qui possède de nombreuses sociétés majoritairement des assureurs tels que TransRe,RSUI, mais aussi  des industriels RC Tway Company entre autre. De plus, la société de Warren Buffet possèdent d’ores et déjà de nombreux assureurs tels que General Re,Geico. Ces deux entreprises ont aussi une histoire quasi similaire BH était à la base une compagnie de textiles qui s’est diversifié là ou Alleghany était à la base une société de chemin de fer.

BH et Alleghany corporation se sont mis d’accord sur un prix de 11.6 milliards de dollars (comprenant les dettes) soit 848.02$ l’action étant 1.26 fois supérieur à la valeur de l‘action au 31 décembre 2021, ce qui représente aussi un premium de 16% par rapport à son prix le plus élevé des 52 dernières semaines. Le premium étant la différence entre le point mort (somme à laquelle un warrant est totalement amorti) et la valeur du sous-jacent. Cette acquisition devrait se conclure durant le dernier trimestre de cette année. C’est la pus grosse acquisition du conglomérat depuis 2016 quand BH acquérait Precision Castparts (société américaine de fabrication de pièces métalliques) pour 37 milliards de dollars. Toutefois, Alleghany Corporation peut malgré tout pendant 25 jours chercher un autre acheteur mais cela semble peu probable car les 2 conseils d’administration ont approuvé la transaction. De plus, Jefferson Kirby, le président du CA d’AC et détenteur de 2.5 % des actions, supporte l’opération.

Lors de l’annonce de l’acquisition Buffet a déclaré que Berkshire Hathaway serait la « perfect permanent home » d’Alleghany Corporation mais aussi qu’il surveillait la compagnie depuis 60 ans. Cette opération verra la réunion du CEO d’Alleghany Corporation Joseph Brandon qui dirigeait General Re de 2001 à 2008. Brandon a dit du montant de la transaction qu’elle représentait bien la qualité de ses produits et des efforts engendrés par ses équipes.

À l’annonce de l’opération, l’action d’Alleghany Corporation a gagné 26% et Berkshire Hathaway 1%.

Rémi Schmitt