Édition 2019/2020

Novembre 2019

Le rachat de Tiffany & Co par LVMH

Le français du luxe LVMH détenu par Bernard Arnault cherche à ajouter Tiffany Co à son portefeuille de marques haut de gamme pour une somme de 14,5 milliards de dollars, soit 13 milliards d’euros (120 dollars par action).  Quelle stratégie mène LVMH ? 

 

La stratégie de LVMH :

 

-> Renforcement sur le marché américain 

Ce rachat de Tiffany permettrait à LVMH de renforcer sa présence sur le territoire nord-américain, son deuxième marché en termes de chiffre d'affaires après l'Asie, limitant de facto les effets négatifs du conflit commercial entre les deux plus grandes puissances économiques qui menacent la demande chinoise (même si celle-ci est encore restée très robuste au 3e trimestre). 

 

-> Renforcement sur la joaillerie 

En acquérant Tiffany, LVMH accroîtrait son exposition à la joaillerie, un des segments les plus dynamiques du secteur du luxe. Le marché mondial a crû de 7% et valait environ 18 milliards de dollars en 2018, selon Bain & Co. Une transaction renforcerait les positions de LVMH dans un marché en croissance structurelle.

Les marques de joaillerie fine bénéficient d’une croissance plus rapide que celle du marché mondial du luxe, avec une progression de 9% par an en moyenne depuis 2009 contre 5-6% pour le marché du luxe.

 

C’est aussi un moyen pour contourner les barrières à l’entrée de ce secteur. Les barrières à l’entrée sur ce marché sont très élevées, requérant une forte intensité en termes de besoin en fonds de roulement, et bénéficiant surtout aux marques disposant d’une histoire longue.

 

-> Pour faire face à la concurrence 

 

Aussi, LVMH rattraperait le retard qu'il a pris dans la joaillerie en raison de la concurrence féroce que lui livre le géant suisse Richemont, propriétaire des marques Cartier et Van Cleef & Arpels. Une telle opération serait un souci pour la Compagnie Financière Richemont. En combinant Bulgari et Tiffany, LVMH deviendrait un acteur encore plus sérieux dans le milieu de la joaillerie. 

 

-> Démocratisation du luxe 

 

LVMH est en train d’adopter une stratégie du luxe « accessible » avec Tiffany, et a pour but de démocratiser le luxe. Démocratiser un produit de luxe c’est le rendre plus accessible sans le rendre banal. L’offre de Tiffany est en effet plus accessible que celle de Bulgari. A la différence de Bulgari qui peut offrir un bracelet pour 2 millions €, Tiffany offre des bagues de fiançailles à un prix accessible. 

 

Quel intérêt pour Tiffany d’accepter ? 

 

En s'adossant à LVMH, l'américain gagnerait une expansion rapide en Asie et en Europe, et une hausse de sa rentabilité. Être partie intégrante d’un groupe diversifié pourrait aussi aider la direction de Tiffany à maintenir la désirabilité de sa marque sur le long terme sans avoir à se focaliser sur des objectifs financiers de court terme. De plus, LVMH pourrait souhaiter développer des lignes de produits où Tiffany est actuellement faible. 

 

Récemment, LVMH a relevé son offre pour proposer un prix de $130 par action. 

Gaëlle Byas-Perry

Alstom : Carnet de commandes record au premier semestre de l’exercice 2019/20

Alors que son projet de rapprochement avec Siemens suscite, semble-t-il, de sérieuses réserves à Bruxelles, Alstom a pu se consoler mercredi 13 novembre après avoir publié des résultats supérieurs aux attentes au titre du premier semestre de l'exercice qui s'achèvera en mars 2020. L'équipementier ferroviaire tricolore a confirmé les objectifs de moyen terme figurant dans son plan stratégique "Alstom in Motion" consistant à augmenter la part de l'activité réalisée dans les services, les systèmes et la signalisation, dont les marges sont plus élevées que celles générées par le matériel roulant. 

 

Les prises de commandes enregistrées au premier semestre de l’exercice 2019/20 s’élèvent à 4,6 milliards d’euros conduisant à un nouveau record du carnet de commandes à 41,3 milliards d’euros. Au cours de cette même période, le chiffre d’affaires a atteint 4,1 milliards d’euros, contre 4 milliards d’euros au premier semestre 2018/19, soit une croissance organique de 2%. Le résultat net part du groupe, quant à lui, s’est inscrit à 213 millions d’euros, contre 563 millions d'euros il y a un an. 

 

Par ailleurs, pour l’extension de son métro, la métropole australienne a fait appel au constructeur ferroviaire français pour le matériel du métro automatique de Sydney, dont il fournira les rames et la signalisation. Dans le cadre de ce contrat, d’un montant d’environ 350 millions d’euros, Alstom assurera la conception, la fabrication, les essais et la mise en service de 23 rames entièrement automatisées de 6 voitures, ainsi que du système de signalisation numérique.

 

Aussi, la Métropole Aix-Marseille-Provence a choisi l’équipementier ferroviaire tricolore pour le renouvellement et l’automatisation du métro de Marseille. Dans ce cadre, Alstom développera, fournira et installera le système d’exploitation et les équipements du pilotage automatique des deux lignes du réseau, ouvertes en 1977 et 1984, pour un montant de 430 millions d’euros. Il mettra également en service 38 nouvelles rames de métro éco-conçues de 4 voitures chacune et modernisera l’ensemble des moyens audiovisuels d’information voyageurs en station. 

Décidément, le groupe Alstom connait une dynamique commerciale très favorable offrant une bonne visibilité sur le chiffre d’affaires à venir.

Nawfal Lagrichi
La privatisation de la FDJ

La loi PACTE prévoit la privatisation de la Française des jeux (FDJ). L’objectif affiché par le gouvernement est de récupérer des liquidités. Pour cela, l'État souhaite convaincre les particuliers d'acheter des actions. L’État perdra alors la part de ses dividendes perçus, et le monopole passera d’un statut public à un statut privé. Ainsi, la logique de rentabilité pourra être plus élevée.

Comment l’Etat gagne de l’argent ?

L’État perçoit une taxe (environ 25%) sur le chiffre d’affaires réalisé par la FDJ, une quarantaine de millions d’euros via l'impôt sur les bénéfices et des dividendes qui sont prélevés sur les 170 millions d’euros de résultats après impôt et taxe spécifique. Beaucoup de taxes, peu d'impôts sur les sociétés et peu de dividendes, cela est sans incidence tant que l’État demeure l’actionnaire de l’entreprise. En revanche si la participation de l’État au sein de la FDJ est fortement réduite, l’analyse diffère.

Quels sont les déterminants de la valeur de l’action FDJ ?

La valeur de la FDJ dépend de sa capacité à générer des bénéfices. Or, le secteur du jeu est en expansion. En 20 ans, le chiffre d’affaires du secteur des jeux d’argent a quasiment doublé. De ce seul point de vu, détenir une action de la FDJ est un ticket gagnant.

La valeur est très sensible à deux variables qui relèvent de la loi et de la réglementation :

- les taxes imposées à la FDJ (sur le chiffre d’affaires et la taxe spécifique), soit la part que l’État prélève sur les mises. La modification de la fiscalité sur les jeux, c’est à dire la modification du montant de la taxe spécifique, pourrait multiplier par 8 la valeur de l’action si la taxe spécifique sur la FDJ devenait nulle. Concernant le taux d’impôt sur les bénéfices, il ne peut évoluer qu’à la baisse.

- le taux de redistribution, soit la part des mises qui retournent aux joueurs via les gains. Plus ce taux est élevé, plus les joueurs jouent. En tant qu’actionnaire de la FDJ, et comme garant de l'intérêt général, l’Etat ne peut accepter qu’un nombre important de ses citoyens tombent dans l’addiction aux jeux. La loi PACTE, qui prévoit le cadre de la privatisation de la FDJ, a donc prévu une nouvelle autorité administrative indépendante.

L’action va-t-elle rapporter aux nouveaux actionnaires ?

Pour que l’action rapporte de l'argent, il faudra faire preuve de patience. En effet, on peut considérer cet investissement comme un investissement de long terme. La FDJ servira des dividendes qui vont être sans doute supérieurs à la moyenne des autres entreprises cotées. De plus, la FDJ va conserver sa situation de monopole ce qui devrait sécuriser son chiffre d'affaires.

Margot Grimault

La tendance baissière du Bitcoin

Alors que Marc Zuckerberg était auditionné par les députés américains le mois dernier au sujet du projet Libra, la cryptomonnaie portée par Facebook, le Bitcoin, valeur star de ce marché, est passé en dessous du seuil psychologique des 8000 dollars l’unité au cours du mois de novembre, pour atteindre le 25 de ce mois un creux à 6620 dollars l’unité.

Ce mouvement baissier qui fait chuter la capitalisation du Bitcoin à 129,3 milliards de dollars alors que celle-ci s’élevait à 241,2 milliards de dollars lors de son sommet historique en décembre 2017 serait dû à la frilosité de la Chine à l’égard des cryptomonnaies. Cette dernière a effectivement rappelé via sa Banque Centrale, qu’elle continuait de juger ces monnaies illégales et, a donc durci la répression bien que le gouvernement ait salué l’utilité de la Blockchain et veuille lancer sa propre monnaie virtuelle.

Bien que la position de la Chine puisse expliquer le recul du Bitcoin, il serait bon de rappeler que cette monnaie est très volatile du fait de sa non-régulation, n’assurant pas de valeur minimum comme peuvent le faire les monnaies réelles. De plus, le fait que le nombre de bitcoin soit limité augmente la spéculation et les variations de valeur.

Faut-il alors en profiter pour investir ?

A l’heure actuelle, les signaux sont plus à la vente qu’à l’achat. Après avoir légèrement remonté à 7900 dollars l’unité courant semaine dernière, le bitcoin a rechuté autour des 7200 dollars ce lundi matin sans aucune raison particulière, continuant simplement sa correction. Il faudra donc surveiller le seuil des 7000 dollars puis les supports inférieurs pour savoir quand réinvestir de façon à acheter au moment opportun. Pour les risquophobes, il vaudra mieux attendre que le Bitcoin repasse la barre des 8000 dollars de façon à atténuer la pression baissière et permettre des positions acheteuses un minimum durables.

Remy Mayer

Les dangers des taux d'intérêts négatifs

Depuis le 18 juin 2019, pour la première fois dans l’histoire française les Obligations Assimilables du Trésor (OAT) sont passées en négatif, à -0.02%.

L’OAT 10 ans a même atteint un point bas à -0,44% le 28 août avant de remonter. Cela s’explique principalement par le revirement stratégique des politiques monétaires depuis juin dernier de part et d’autre de l’Atlantique vers une vision plus ultra-accommodante, puisque la croissance économique nominale, bien qu’en ralentissement aux Etats-Unis et en Europe, reste encore largement positive. En particulier, la Banque Centrale Européenne a renforcé le 12 septembre sa politique de taux directeurs négatifs (facilité de dépôts portée à -0,5%, contre -0,4% auparavant) et a relancé son Quantitative Easing (rachats mensuels d’actifs pour 20 Md€) pour le 1ernovembre. 

Phénomène jusque-là inconcevable, des taux d’intérêts négatifs impliquent que le prêteur doit payer de l’argent à l’emprunteur. Certains économistes considèrent donc que cela n’a pas de sens et menace le système économique dans son ensemble. Mais quelles sont les implications de taux d’intérêts négatifs ?

Pour la Banque Centrale Européenne, l’objectif de taux d’intérêts négatifs est souvent de stimuler la croissance économique quand l’économie risque d’entrer en déflation et que les agents thésaurisent leurs encaisses monétaires au lieu de les réinjecter dans l’économie en dépensant ou prêtant leur argent. Pour un Etat très endetté comme la France, cela est très intéressant car le montant des nouveaux emprunts à rembourser avec intérêts est inférieur à celui emprunté, ce qui crée un revenu additionnel qui peut être réinjecté en dépenses publiques de fonctionnement ou d’investissement. 

Cependant, cela soulève de nombreux risques pour de nombreux économistes. D’abord, cela ne pousse pas à investir dans des projets d’avenir avec un fort potentiel de retour sur investissement mais plutôt à la spéculation, d’où le risque de créer des bulles d’actifs (obligations, actions, immobilier…) susceptibles d’éclater brutalement ultérieurement (nouvelle crise financière). Cela incite à emprunter toujours davantage, notamment l’Etat, qui peut ainsi sans douleur laisser dériver ses dépenses de fonctionnement, au lieu d’entreprendre des réformes structurelles. Cela met en péril le fonctionnement du système bancaire, dont le rôle d’intermédiation est altéré par la faiblesse des taux des prêts à l’économie, alors que le coût des ressources de ce secteur demeure plus élevé. D’après les Echos, cela constitue une des raisons pour laquelle « une banque sur trois risque de disparaître », l’environnement de taux négatifs n’aidant pas les banques à faible rentabilité d’Europe de l’Ouest et d’Asie. Cela pousse à maintenir artificiellement en vie des entreprises non performantes pour éviter un provisionnement dans les bilans bancaires. Les intérêts négatifs mettent aussi en péril les fonds de pension et les caisses de retraites. Ces derniers se rémunèrent en plaçant à un taux sûr les fonds déposés par leurs clients afin de réaliser des profits, ce qui n’est plus possible avec des taux négatifs. Enfin, cela conduit à une taxation implicite des ménages, singulièrement les placements des gens modestes qui n’ont pas la possibilité de placer leur argent sur des supports complexes. 

Ainsi, les taux d’intérêts négatifs sont susceptibles de créer les conditions d’une crise financière majeure et sont un puissant facteur d’inégalités sociales, entre des gagnants et des perdants.

Anne-Sophie Buffandeau

122 Rue de Vaugirard, 75 006 Paris 

Université Panthéon-Assas

contact.assasfinance@gmail.com

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