Édition 2020/2021

Octobre 2020

L’évolution du rôle des banques centrales face à la crise du Covid-19

 

La crise du Covid-19, caractérisée par son ampleur inédite, a amené les banques centrales à adapter leurs fonctions afin de réagir de manière rapide.

Tout d’abord, la Fed et la BCE ont monétisé les dettes publiques et privées pour éviter l’émergence d’une véritable déflation. La pandémie a nécessité une réponse ultra-rapide, complémentaire et coordonnées des politiques budgétaires et monétaires pour éviter l’émergence d’une crise systémique. Cette réponse avait trois objectifs principaux : apporter toute la liquidité nécessaire au système économique et bancaire, protéger les agents économiques contre des pertes immédiates de revenu et relancer l’activité de l’économie à moyen-long terme. Cependant, cela a entrainé une hausse sans précédent des déficits publics (flux) et des dettes publiques (stock). Ainsi, aux États Unis, le déficit budgétaire atteindrait 17,6% du PIB en 2020, tandis que le déficit français avoisinerait les 10% du PIB. La Fed et la BCE « monétisent » ces politiques budgétaires tant qu’elles gardent dans leur bilan les rachats de dette publiques et privées. 

Par ailleurs, l’objectif de soutenabilité des dettes publiques a entrainé les banques centrales à passer l’objectif de stabilité des prix au second plan dans un contexte d’absence de véritables tensions inflationnistes. Ainsi, la Fed a révisé sa doctrine pour une cible d’inflation « moyenne » à 2%. En présence d’inflation, la Fed n’augmentera pas immédiatement ses taux directeurs si l’inflation a été faible précédemment. De même, la BCE a réfléchi à une modification de ses objectifs en matière d’inflation. La faiblesse de l’inflation garantit la légitimité de son programme d’achats d’actifs urgence pandémie (PEPP), politique monétaire ultra-accommodante.

Cependant, l’objectif de soutenabilité des dettes publiques soulève deux problématiques : le risque d’une potentielle perte d’indépendance des banques centrales (car les banques centrales financent les États, font de la politique budgétaire) et les traces d’un aléa moral (assurance de sauvegarde collective, incitant des comportements individuels trop spéculatifs et risqués).

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Big Data et réélection aux Etats-Unis

Le Big Data, littéralement “données volumineuses”, est un domaine technologique où l’on stocke un nombre d’informations sur une base numérique. Ce même concept a joué un rôle important lors de l’élection de Donald Trump, l’actuel président des Etats-Unis. Il va sans dire que l’Affaire Cambridge Analytica fut un énorme scandale puisque, selon le documentaire The Great Hack, Facebook a vendu les données de 87 millions d’utilisateurs à une société appelée Cambridge Analytica qui à son tour, en se basant sur ses données a pu influencer les électeurs lors de l'élection.

Aux alentours de fin septembre 2020, “The Deterrence Project” a été révélé aux Américains. En effet, en 2016, même si D. Trump avait des électeurs susceptibles de voter pour lui, il fallait aussi que d’autres électeurs ne votent pas pour ses concurrents. À cette fin, la base de données “Deterrence” voit le jour : nous y trouvons 3 millions d’Afro-Américains qu’il faudrait dissuader de voter.

Depuis l’élection de D. Trump en 2016, son ex-directeur de campagne Brad Parscale a expliqué qu’il misait énormément sur les données pour l’élection de 2020. Brad Parscale annonçait sa stratégie en 2018 : alors qu’il possédait initialement 18 millions d’adresses mails et numéros de téléphones de potentiels électeurs, il comptait atteindre les 30 à 40 millions d’électeurs susceptibles d’ici 2020. Pour y parvenir, ce même ex-directeur de campagne souhaitait dépenser 1 million de dollars par mois pendant les 7 derniers mois de 2018.

Cependant, la situation a pris une autre tournure puisqu’en juillet 2020, Brad Parscale a été destitué de ses fonctions. L’ancien directeur politique de la Maison-Blanche, Bill Stepien, est devenu le directeur de campagne ce même mois, tout en donnant le titre de directeur des stratégies numériques et statistiques à Brad Parscale. Bill Stepien a déclaré ce même mois d’après The New York Times : “President Trump and Brad Parscale have built an unprecedentedly strong campaign based on data and technology and Brad will remain heavily involved. We have a better team, better voter information, a better ground game, better fund-raising, and most importantly, a better candidate with a better record. With 109 days left, our goal is clear — to win each day we have left until Election Day.”. Selon ses dires, la stratégie de Bill Stepien est toujours de miser sur le Big Data.

Face à toutes ces révélations depuis 2016, nous pouvons comprendre l’importance du rôle de la donnée, qui pourrait devenir la monnaie de demain. Une stratégie basée sur la data, sans que les électeurs en soit conscients est dite aboutie lors de l’élection de 2016. Mais cette même stratégie aura-t-elle autant de succès ?

Réponse la semaine prochaine on Election Day (3 novembre 2020) !

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Véolia : Une affaire contestée à enjeux économiques mondiaux

Depuis plus d’un mois le feuilleton rassemblant Véolia, Engie et Suez anime la presse.

Tout débute en juillet 2020, lorsque Engie, groupe énergétique français, témoigne son intention de vendre ses parts du groupe Suez, s’élevant à 32%. Véolia, groupe français leader mondiale de la gestion de l’eau, des déchets mais aussi et surtout concurrent direct de Suez, va alors racheter les parts détenus par Engie sur son concurrent. Ce rachat est survenu le lundi 5 octobre via une OPA de 3,4 milliards d’euros, permettant ainsi à Veolia d’acquérir 29,9% de Suez. L’objectif de Véolia est simple, racheter toutes les parts de Suez afin de fusionner et de gagner des parts de marché pour assoir son leadership mondial de gestion de l’eau mais aussi des déchets. 

 

Néanmoins ce rachat à alimenter de nombreuses polémiques, tout d’abord Suez ne souhaitait pas être racheté par Véolia, en effet le groupe craint des licenciements liés à ce nouvel actionnaire et à la possible fusion d’entreprise. Bruno Le Maire avait même tenu les propos suivants : « les mariages de forces ça ne marchent pas » présageant ainsi de potentielles conséquences néfastes à la suite d’un accord contesté entre les deux géants français.

Mais ce n’est pas tant le rachat qui a fait couler l’encre mais plutôt les conditions de ce rachat.

Ainsi Suez aurait dénoncé un trucage des votes. Plus inquiétant encore, le gouvernement qui se disait défavorable à cet accord et qui avait un rôle important à jouer dans la vente des parts en tant qu’actionnaire majoritaire d’Engie, a été accusé de jouer un double jeu par Médiapart. Arnaud Montebourg, ancien ministre de l’économie a d’ailleurs décrit « une vente truquée » et un « scénario à la Russe » sur LCP avant d’envoyer une lettre au premier ministre où il fait part de ses interrogations vis-à-vis d’une potentielle implication de l’Etat en faveur de la vente.

 

Les enjeux de ce rachat :

  • Une fusion entrainerait inévitablement une situation de quasi-monopole si Véolia ne cède pas d’actif. On aurait alors une offre moins compétitive et une augmentation probable du prix de l’eau sur le marché français, bien que cela a été démenti par le PDG de Véolia.

  • Suez estime qu’un rachat total entrainerait un « dépeçage » avec une suppression d’au moins 4000 emplois, ici aussi le PDG de Véolia assure le contraire et se dit vouloir créer de l’emploi.

  • La France ne serait représentée que par une seule compagnie au niveau internationale sur ce marché.

A noté que l’Autorité de la concurrence et bien d’autres autorités ont été saisies afin de valider cette fusion. Véolia se doit donc de promettre et de respecter des engagements mais aussi de très certainement céder certains actifs de Suez.

 

Ainsi une première bataille a été remporté par Véolia dans son optique d’absorber Suez. Mais l’histoire est loin d’être fini et d’autres OPA devraient suivre d’ici les prochains mois voire les prochaines années. 

 

Lancement d’un nouveau moyen de paiement par la BCE : l’euro numérique

Depuis le début de l’année, la distanciation sociale règne dans les pays européens comme dans le reste du monde. Tous les agents, privés ou publiques, explorent de nouvelles possibilités pour limiter la transmission du virus. C’est le cas de la BCE qui, ayant pleinement conscience de l’énorme augmentation des transactions sans contact depuis 1 an, envisage l’implantation de cette toute nouvelle monnaie dans l’économie.

En effet, la BCE observe une augmentation de plus de 65% des paiements dématérialisés en septembre par rapport au même mois, un an plus tôt. C’est une nouvelle habitude des particuliers ancrée dans les quotidiens, qui, suite à l’épidémie, se perpétuera dans nos sociétés.

Avec une idée de se conformer aux nouveaux besoins des agents, la BCE publie le 2 octobre un rapport dans lequel elle explique les enjeux de la « monnaie digitale de banque centrale » (MDBC) et les différentes manières de l’implanter. « Notre rôle est d’assurer la confiance dans la monnaie » explique Christine Lagarde, présidente de l’institution de Francfort. Le maître-mot de cette monnaie est alors la confiance des agents économiques envers celle-ci. L’objectif de la Banque Centrale est d’adapter l’euro à l’ère du numérique, et ainsi, permettre aux ménages comme aux entreprises, d’utiliser cette monnaie comme moyen de paiement facile et rapide pour effectuer leurs paiements quotidiens en toute sécurité.

C’est le lundi 12 octobre que la possibilité d’implanter cette monnaie prend des dimensions concrètes avec le début des consultations publiques. Ce lundi là, l’Eurosystème commence les consultations à grande échelle des citoyens et du secteur financier, mais aussi du monde universitaire et des autorités publiques. Leurs besoins et leurs craintes concernant l’émission d’un e-euro sont alors minutieusement évalués par la Banque Centrale. À ces consultations viennent s’ajouter le début de nombreuses expérimentions qui dureront encore 6 mois. C’est à partir du deuxième trimestre de l’année prochaine qu’il sera décidé s’il est pertinent d’aller plus loin dans la création d’un euro numérique.

Une des particularités de la MDBC est son émetteur. En effet, contrairement aux paiements électroniques que nous connaissons aujourd’hui, cette monnaie serait émise, non pas par les banques commerciales, mais par la Banque Centrale elle-même, tout comme les billets. Elle prendrait une place parallèle aux espèces sans les remplacer, explique la BCE qui continuera évidemment à émettre des billets.

Il existe plusieurs scénarios possibles dans lesquels cette nouvelle monnaie serait aussi bien pertinente qu’efficace. Par exemple, il serait tout à fait approprié d’émettre une monnaie euro numérisée sans risque à l’échelle européenne, si la hausse de la demande de paiement numérique venait à augmenter davantage, ou si le recours aux espèces dans la zone euro subissait une forte diminution. De plus, s’il arrivait qu’une monnaie privée comme les cryptomonnaies soit implantée dans l’économie et utilisée à grande échelle, la stabilité monétaire et financière de la zone euro s’en retrouverait affaiblie. On peut prendre l’exemple du bitcoin qui soulève des questions de sécurité suite à la forte augmentation de son utilisation depuis une décennie. L’institution monétaire veut alors assurer le territoire numérique, sans que les monnaies numériques gérées en dehors de la zone euro viennent oligopoliser les transactions numériques. La Banque Centrale a alors pour objectif de sécuriser les paiements numériques et de les contrôler afin d’assurer une stabilité financière et monétaire dans l’Union Européenne. La BCE doit faire face aux innovations du 21ème siècle et elle y répond à travers la création d’un moyen de transaction sécurisé permettant de renforcer le rôle international de l’euro. On peut également trouver une pertinence quant à la création de l’euro numérique en envisageant des événements extrêmes qui rendraient indisponibles d’autres méthodes de paiement électronique. Une catastrophe naturelle ou une cyber attaque massive sur les établissements financiers troubleraient par exemple la santé financière de l’Union Européenne et sa souveraineté monétaire.

C’est à un jeu mondial que joue ici la Banque Centrale Européenne. Les banques centrales du monde entier étudient la possibilité d’émettre une monnaie numérique dans les prochaines années. C’est ainsi 80% des banques centrales du globe qui s’intéressent à cette idée. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) s’allie avec la Réserve Fédérale (Banque Centrale des États-Unis) afin de reproduire, ensemble, de nombreux tests de monnaie numérique. De plus, on retrouve déjà dans 4 villes chinoises le Yuan numérique en pleine expérimentation par la Banque populaire de Chine.

L’enjeu de l’euro numérique est également géopolitique. Il remettrait en question la suprématie du dollar. Aditi Kumar, spécialiste des politiques monétaires et des affaires internationales à Harvard explique que « l’émergence d’un Yuan digital pourrait défier la suprématie du dollar dans les systèmes de paiement internationaux ». En outre, l’émergence d’un euro numérique décrédibiliserait dans le même ordre l’idée d’une « suprématie du dollar ». Le gouvernement américain exerce effectivement une pression sur l’Europe en utilisant cette suprématie afin d’imposer par exemple des sanctions aux entreprises européennes comme ce fut le cas aux firmes françaises et allemandes ayant commercé avec l’Iran dans les années 2010. L’e-euro libérerait l’Union Européenne d’une pression exercée par les États-Unis. Christine Lagarde a affirmé qu’il faut être « prêt à émettre un euro numérique si cela s’avère nécessaire ».

La BCE n’élimine pas l’idée de réserver cette monnaie aux transactions interbancaires. Une hésitation quant aux agents susceptibles de l’utiliser est évidemment d’actualité.

Mais plusieurs risques sont à prendre en compte, considérant l’idée de l’émission d’une telle monnaie. Si une faille se présentait par exemple au sein du système bancaire ou dans sa sécurité, on assisterait au phénomène de panique bancaire. Les agents pourraient transformer toute leur monnaie liquide et électronique auprès des banques commerciales, en monnaie digitale de banque centrale, totalement géré par la BCE. Elle stockerait ainsi la grande majorité de la monnaie des agents, diminuant l’importance du rôle des banques commerciales qui seraient particulièrement fragilisées, alors que le rôle principal de la banque centrale est justement d’établir une stabilité des banques commerciales et d’assurer leur bon fonctionnement.

De nombreux tests et consultations ont alors débuté ce mois d’octobre 2020, déterminant l’avenir du système monétaire et bancaire européen des décennies à venir.

122 Rue de Vaugirard, 75 006 Paris 

Université Panthéon-Assas

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